Oui, écrire un roman, c’est bien, çà vous pose un homme (ou une femme) dans les dîners en ville : -« tiens, au fait, j’ai fini mon roman…. » - « ah bon, t’écris toi ? ! » -« Bah oui (vexée. Je fais trop conne pour savoir aligner deux phrases sur word ou quoi ?) » -Et çà parle de quoi ? -D’une nana qui raconte de façon marrante et décalée sa grossesse. -Ah c’est sympa comme thème. Tu m’en enverras un quand il sera sorti ? Euh, et je rentre comment dans mes frais, moi ? Je vis de quoi ? Je n’en suis pas encore là, mais comment ferai-je pour expliquer diplomatiquement à mes proches que je ne peux pas distribuer gratuitement la quasitotalité des exemplaires de mon bouquin ?!

Bref, le roman est fini, relu quinze fois, et je dois avouer qu’à force de le disséquer phrase après phrase, il commence à me sortir par les trous de nez. Maintenant, il faut trouver « la » couverture, celle qui reflètera mieux le style du roman, la personnalité de l’héroïne, qui sera la plus « vendeuse ». Mon choix se porte d’abord sur deux illustrations, très « chick lit » : la première, une Maman achetant de la layette, la seconde, une future Maman a la tête de p’tite jeunette et arborant une attitude malicieuse. Je fais maquetter les deux options, et envoie les deux projets à des copines pour les tester. Les avis sont catégoriques : chaque sondée me répond par un « la seconde, sans hésiter : elle est marrante, elle est brune et elle te ressemble ! ». Mais les filles, il s’agit d’un ROMAN. D’une fiction, même si çà et là j’ai puisé dans ma propre expérience pour évoquer certains sujets. Donc la narratrice ne doit pas me ressembler sur la couverture : son histoire n’es pas la mienne ! Olala, auraient-elles réagi de même si le sujet de mon premier roman était le récit d’une tueuse sans foi ni loi ? Non, j’espère ! Bon, je garde néanmoins la version retenue par mes supportrices. Mais après plusieurs semaines de gestation, le doute m’assaille : elle est bien mignonne, la p’tite nana de la couv’ : mais on dirait Ilona Mitrecey, pas une trentenaire citadine, dynamique et bien dans son époque ! Et je n’ai pas envie qu’on croit que mon roman raconte l’histoire d’une ado qui tombe enceinte accidentellement ! On me reproche le manque de précision de mon brief initial pour la couverture, mais tant pis pour les réflexions, je n’ai pas le droit à l’erreur. Je demande donc que la couverture soit totalement refaite, donnant pour référence une nouvelle illustration. Cette dernière met en avant une jolie brunette élancée mais enceinte, les bras encombrés de sacs de shopping. La voici, ma Lauriane !